Moi aussi je peux le faire. Désolé je n'ai pas le même talent.
Une journée dans la vie d?un écolo-étatiste
Nicolas se lève à 7 heures et remplit sa cafetière avec de l'eau du robinet. Elle est potable parce qu?une compagnie qui distribuerait de l?eau non-potable serait vraiment très conne et garderait pas son marché plus de deux mois.
Nicolas n?a pas de chance, il est malade en ce moment. Avec sa première gorgée de café, il avale son traitement. Il se soigne avec des médicaments fabriqués par une grosse société suisse avide de profit qui investi tous les ans des milliards pour inventer de nouveaux produits, plus efficaces et présentant le moins d?effets secondaires possibles. Il faut dire qu?elle livre une féroce bataille contre ses concurrents américains, allemands et français.
Malgré des cotisations toujours en hausse il est très mal remboursés par la sécu pour ses frais de santé mais heureusement sa boîte a mis en concurrence plusieurs mutuelles pour proposer à Nicolas et tous ses collègues une complémentaire santé intéressante à prix négocié. Sa femme et sa fille en bénéficient aussi sans surcoût.
Il a acheté ses yaourts préférés et tout un tas de produits de consommation dans un supermarché géant qui a fait fermer depuis longtemps un grand nombre de petits commerces. Ca lui permet de grouper ses achats de bénéficier d?un grand choix de produits, premiers prix, de marques, bio, à tous les prix. Il a confiance dans ses produits car le moindre problème sanitaire serait désastreux tant pour le distributeur que pour le fournisseur.
Nicolas a acheté du shampoing équitable. Il ne sait pas trop ce que ça veut dire, il pense que c?est durable et que ça respecte les minorités visibles. Il sait qu?il est un peu plus cher mais pense qu?il est meilleur que celui de la grosse boîte américaine qui fait aussi du dentifrice.
Nicolas va faire du shopping dans un grand centre commercial. Il aime bien s?y promener car c?est climatisé l?été et chauffé l?hiver. Les allées sont toujours propres, bien plus que le trottoir, souvent dégueu. Pourtant il n?a rien payé pour ces services. C?est le centre commercial, dont le seul objectif est de s?en mettre plein les fouilles, qui fait tout pour proposer un lieu agréable et attractif.
En rentrant chez lui il est furieux de constater que les poubelles n?ont toujours pas été ramassées par les employés de la communauté de commune. En même temps il comprend leur lutte social.
Il va au travail en voiture car il habite trop loin de la station de métro. Il a bien une ligne de bus qui passe près de chez lui mais c?est toujours bondé et l?horaire de passage n?est pas bien respecté. Il en a marre d?arriver à la bourre, fatigué et énervé alors il s?est acheté une citadine diesel.
Sa voiture ne lui a pas coûté très cher car le constructeur, privatisé, a restructuré plusieurs fois à cause de la concurrence dans le secteur. Il trouve ça dégueulasse mais il aime bien ce modèle de bagnole, en plus il a négocié une ristourne de 4%.
Nicolas a un bon boulot avec une bonne paye car sa boîte est bien placée sur son marché et essaie de toujours proposer des produits innovants à ses clients. Du coup les bénéfices ont beaucoup augmenté ses dernières années. Lui et ses collègues ont touché une prime d?intéressement assez rondelette, en plus du 13e mois, dont il bénéficie depuis toujours suite à des négociation employeur / syndicats.
Si Nicolas se blesse à son travail ou perd son emploi , il touche une compensation parce qu?il est assuré contre ça, comme contre le risque incendie de son habitation ou le risque accident en voiture. Bien sûr il n?a pas pu choisir son assurance chômage car ce secteur est resté monopolistique. Du coup ça lui coûte un peu cher en cotisations.
Pour avoir ce boulot Eric a fait des études dans une école privée car elle a une excellent réputation et fait faire des stages à l?étranger. Il a toujours regretté de ne pas avoir eu une bourse au mérite car il était un étudiant sérieux et il a donc du emprunter et bosser un peu pour financer ça. Ses potes de la fac ont fait des grêves et des soirées étudiantes tous les jeudis soirs. Ils n?ont jamais vraiment bossé mais ont réussi sans trop de mal à aller jusqu?en licence. Maintenant ils galèrent un peu sur le marché du travail car ils ont choisi des filières cool mais sans trop de débouchés.
Nous sommes jeudi soir, Eric rentre du bureau et peut déjà partir en week-end, parce que la durée du travail est aujourd?hui largement inférieure à celle qui avait cours du temps de ses parents. Il faut dire que la productivité a énormément progressé grâce aux sciences et techniques et aux nouvelles organisation du travail. Il bosse dans le tertiaire parce que les rendements de l?agriculture ont explosé et que même l?industrie a moins besoin de main d??uvre. Son pouvoir d?achat est sans commune mesure avec celui de ses grands-parents car des requins de capitalistes n?ont cessé de réinvestir les bénéfices dans l?unique but de s?enrichir, ce qui fait qu?un salarié d?aujourd?hui produit 100 fois plus en moins de temps qu?autrefois.
Au printemps Nicolas partira deux semaines en Asie. Le billet d?avion lui est abordable car depuis que le secteur aérien a été libéralisé les compagnies se sont livrées à une féroce guerre des prix. Dans l?avion, il a prévu de lire un bouquin sur le réchauffement climatique.
Sa femme veut aller rendre visite à ses parents qui vivent dans une maison à la campagne. Il monte dans sa voiture, l'une des plus sûres du marché car la sécurité est devenue un critère de choix primordial pour les clients et parce que des associations de consommateurs qui n?ont rien d?antilibéral mettent une saine pression sur les constructeurs en les scrutant à la loupe et en faisant jouer la concurrence.
Nicolas, qui n?a qu?un enfant, est pour la retraite par répartition dont a bénéficié son beau-père. Il a entendu des propos alarmistes sur l?effondrement du système. Il n?y croit pas trop et pense qu?il faudrait plus taxer les riches si vraiment il manque du fric. Par sécurité il a quand même acheté son appartement à prix d?or en empruntant à une banques privée assoifée de fric. Le taux d?intérêt très bas a beaucoup surpris son beau-père.
Pour compléter sa retraite Nicolas a aussi ouvert un PERP. Il est contre les fonds de pension mais ça lui permettra de capitaliser un peu, et de réduire un peu ses impôts légalement. Et puis il se dit que sa s?ur bénéficie de la PREFON alors pourquoi pas lui.
Sur son téléviseur écran plat fabriqué en Asie le beau-père regarde un débat politique ou un socialiste fustige ces entreprises qui font trop de profits, propose une nouvelle taxe sur les machines et veut réguler la mondialisation. Il oublie de préciser que c?est grâce aux entreprises, au progrès technique et au commerce mondial que Nicolas a le niveau de vie qu?il a et tout ce qui en découle.
A la télé le débat est maintenant terminé. Une ONG caritative fait un appel aux dons. Nicolas ne va pas donner. Il trouve cette forme de racolage un peu dégradante et pense que c?est aux riches de payer plus pour les pauvres. De toute façon il paye déjà un impôt citoyen et considère que c?est ça la solidarité.