Déjà, si on lance le débat sur la base de : "il ne faut pas dire que l'H-G en terminale c'est bon pour la culture gé qui aide à se forger une conscience nationale et une liberté d'esprit, parce que ça veut dire que ceux qui n'en faisaient déjà pas sont des incultes et des abrutis", on est assez mal parti. Je ne crois pas que ce soit le but de quiconque ici.
ça ne risque pas d'arriver. Je dirais plutôt que tant que les jeunes ne se remettront pas dans la tête que la vie ne sera pas aussi bandante que WoW, et que c'est pas en fignolant une second life qu'on se facilite la première, ils n'auront pas saisi le vrai danger qui LES guette, chacun individuellement. Pourquoi ils ne le comprennent plus ou ne veulent plus l'entendre ? Pas sûr que ce soit entièrement du rôle de l'école. Mais là où elle est dans son rôle et notamment avec l'histoire-géo, c'est en apprenant (par diverses manières) à ne pas gober la propagande. Parce que c'est bien une propagande (produite de manière non concertée par des milliers d'acteurs, mais le résultat est le même) qui fait que tant de jeunes (et de moins jeunes) ne voient plus leur objectif de vie que comme une quête éperdue, mi-réelle mi virtuelle, de shoots de plaisir individuel qu'il faut s'envoyer à la plus haute cadence possible.
Que tu parles travail, ou culture, ou réflexion ou rôle du citoyen à ceux-là, c'est comme de crier "au pied" à un chat. Autant le crier à un cèpe de Bordeaux en s'imaginant qu'il va venir demander un susucre.
Ce n'est pas l'enseignement que nous recevons qui nous formate au point qu'on ne pourra plus sortir du cadre qui nous a été donné là-bas. On trouvera en nombre des gens qui ont fait des études courtes mais qui ne manquent ni de curiosité, ni de capacité d'analyse, de doute et de réflexion, des super-scientifiques bornés au possible, ou fans de matières littéraires, etc. Heureusement que je n'ai pas compté sur mes profs d'hist-géo pour m'en donner le goût. Seulement, ce formatage existe quand même un peu et il se porte de mieux en mieux vu la paresse intellectuelle qui est la mode depuis un certain nombre d'années. Difficile de nier que la culture est de plus en plus haïe et méprisée, associée à des pédants inutiles et insupportables censés mépriser le bas peuple (cas classique, on méprise généralement ceux dont on imagine... qu'ils vous méprisent). Cf la phrase du président sur la princesse de Clèves. ça, plus l'amputation de l'histoire-géo, déjà réduite à une portion tellement congrue que le prof a de moins en moins de marge pour en faire un cours intéressant, ou le fait tout aussi pervers de la rendre facultative, pour moi, c'est une charge de plus dans ce sens : "la culture générale, ça sert à rien !"
On serait dans un contexte général d'intense curiosité intellectuelle (que le Net pourrait stimuler...) on pourrait dire que tout cela est laissé à la liberté des jeunes. Mais là, pas d'angélisme, on devine ce qui va se passer. Et pour le coup, on va contribuer à les fabriquer, ces scientifiques crânes-d'oeuf. Parce qu'à force de leur répéter que tout ça c'est des conneries d'intellos à la con, et de le faire passer dans la loi...
Accessoirement, enfin non en fait, de tous les côtés il me revient aux oreilles que les recruteurs "cherchent candidats ayant culture générale désespérément". Face à mille CV proprets et identiques, c'est souvent ça qui fait la différence, maintenant.
Tant pis.