Posté(e) le 3 mars 200620 a comment_123655 De plus on continue à nous parler des oiseaux migrateurs comme vecteur de contagion même si j'ai l'impression que deux thèses s'affrontent. Bon ça serait pas la 1er fois qu'on est désinformé massivement sur un sujet mais j'ai du mal à comprendre pourquoi.C'est qu'il faut bien s'entendre sur le terme "sensible". J'entends par là que pour la plupart des espèces sauvages, le virus n'est pas très dangereux. Cela ne les empêche pas, éventuellement, de le véhiculer. En revanche, il est meurtrier pour les volailles, pour de nombreuses raisons (pauvreté du génome, immersion permanente dans les fientes contaminées, etc). Ensuite, il est évident que la responsabilité des migrateurs est bien plus intéressante à vendre que l'info montrant, par exemple, que le saut de Chine au Nigeria s'est fait par voie commerciale (importation illégale de poussins). "On" nous parle, mais qui ? Des "spécialistes" qui présentent des cartes de migration délirantes où des "canards" migrent de Sibérie en Chine en automne, de Chine en Turquie en début d'hiver, puis de Turquie en Afrique et enfin d'Afrique en France au printemps avant de retrouver la Sibérie ? Voilà un autre "on" émis à titre privé, mais quand même, par Romain Julliard du Muséum National d'Histoire naturelle. Tout le monde aura remarqué le degré d'incertitude qui règne autour de la grippe aviaire. Cette incapacité des médias à faire la part entre ce qui est probable et ce qui ne l'est pas, est la principale raison de la «panique de précaution» à laquelle nous assistons. Pourtant, en prenant un peu de recul sur le déroulement des différents événements de grippe aviaire de ces dernières années, on peut raisonnablement être optimiste d'après moi. Aucune certitude dans ce qui suit, simplement, à la lumière de ce qu'on sait, quel scénario me semble le plus probable. D'abord quelques faits: en Asie du Sud-Est, pour tous les cas de contaminations de volailles domestiques, l'explication la plus probable pour ne pas dire presque certaine, à toujours été la transmission par une volaille domestique infectée transportée par l'homme. Les cas d'oiseaux sauvages contaminés là-bas ont toujours été trouvé à côté de poulaillers contaminés, et ne se sont pas propagés. L'Asie du Sud-Est, la Chine en particulier, est une zone majeure d'hivernage des canards, oies, cygnes qui nichent plus au nord (Sibérie centrale et orientale). Pourtant, les cas de grippes aviaires chez les oiseaux sauvages au nord de cette zone (Mongolie, Sibérie) sont assez sporadiques, et certain d'entres eux sont probablement liés à des contaminations par des poulaillers infectés. Pourquoi aussi peu de cas chez les oiseaux sauvages dans la région du monde la plus touchée par la grippe aviaire? La réponse est bien étayée par les études scientifiques. D'une manière générale, le virus persiste mal dans les populations sauvages: les individus sont peu susceptibles et ceux qui contractent la maladie transmettent mal le virus à leurs congénères. D'autre part, est c'est sans doute le facteur le plus important, le virus persiste très mal hors d'un oiseau vivant (c'est-à-dire dans l'air ou dans l'eau) dès que la température dépasse 8°C. De toute évidence, depuis l'automne dernier, la grippe se propage à cause des oiseaux sauvages, depuis la Sibérie jusqu'à l'Europe de l'Ouest. Mais force est de constater que les cas sont très sporadiques et que la mortalité est minime: pour 10 oiseaux trouvés morts, ils y en a des dizaines de milliers bien vivants et en pleine santé ! Autre caractéristique, tous les cas concernent des oiseaux d'eau douce froide ou susceptible d'être en contact avec de tels oiseaux. D'où la déduction complètement en accord avec ce qu'on sait du virus: l'eau froide est sans doute déterminante pour le maintien du virus dans les populations sauvages. Or, une chose dont on est sûr: le fin de l'hiver est pour bientôt, et d'après moi, avec le réchauffement printanier, la grippe devrait rapidement disparaître de France. La grippe va-t-elle se maintenir tout au nord de l'Europe et revenir à l'automne? Je n'en sais rien, mais on a le temps de voir venir. Enfin, qu'en est il des oiseaux migrateurs revenants d'Afrique? Selon les informations dont tout le monde dispose, il n'y a aucun cas avéré de grippe aviaire chez un oiseau sauvage migrateur ou non en Afrique. Les élevages de volailles contaminés le sont presque certainement à cause d'importation de volailles d'Asie du Sud-Est (ou d'échange entre poulaillers infectés en Afrique). Et c'est une fois encore, en parfaite accord avec ce qu'on sait du virus, incapable de survivre en atmosphère tropicale, et avec ce qui s'est passé en Asie du Sud-Est: aucun cas de propagation durable de la maladie dans les populations sauvages. Pourquoi tant d'inquiétude alors sur les oiseaux migrateurs? Rappelez vous, l'automne dernier, le virus est en Sibérie. Message rassurant des ornithologues: les oiseaux ne migrent pas directement de la Sibérie à l'Europe de l'Ouest! Oui, mais. ils vont allés en Afrique contaminer nos canards. D'où cette angoisse qui devait durer tout l'hiver: les oiseaux migrateurs de retour d'Afrique allaient-ils contaminer nos zones humides. Et bien, la grippe est venue par d'autres voies, via la Caspienne, la Mer noire et la Méditerranée orientale... Et toujours rien en Afrique! Romain Julliard, julliard@mnhn.fr Supporter de l'Olympique Lyonnais de 1990 à son remplacement par la société de spectacles télévisés OL Group (2015). Signaler
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