http://www.leprogres.fr/fr/sports/article/...u-on-passe.html
Football/Ligue des champions
Jean-Michel Aulas: «Il faut qu'on passe!»
le 29.03.2010 04h00
Durant deux heures, et à la veille du quatrième quart de finale de Ligue des champions de l'OL, Jean-Michel Aulas s'est confié à notre journal. Sans langue de bois
Quelles leçons retirez-vous du feuilleton de la semaine dernière ?
La Ligue a manqué de professionnalisme et ce constat va au-delà d'un simple problème de calendrier. La Ligue fonctionne sur un mode électoraliste. C'est un choix qui donne satisfaction à un grand nombre de clubs. Mais, il va au détriment d'une politique élitiste et on prend les décisions à l'envers.
Considérez-vous tout de même logique la requête de Bordeaux ?
Je ne suis pas battu pour jouer le vendredi, mais pour une question de principe. Si Laurent Blanc, qui est un jeune entraîneur, avait appelé Claude Puel, il n'y aurait pas eu tout ce pataquès. Thiriez croit que cela le valorise de traiter directement avec Laurent Blanc. Il a obtenu que Blanc aligne son équipe type en échange de notre match samedi contre Grenoble. Et puis, je crois qu'en programmant notre quart de finale le mardi, l'UEFA a voulu sanctionner la Ligue qui avait fait jouer Bordeaux-Auxerre le même jour que Real-OL. C'est un vrai mépris pour ces deux clubs.
En voulez-vous vraiment à Frédéric Thiriez ?
Oui, car il a manipulé la COC et masqué une mauvaise décision. Sans lui manquer de respect, j'appelle la coupe de la ligue la coupe à Thiriez et je lui reproche d'en avoir fait une priorité par rapport à la L1 et à la Ligue des champions. Samedi, j'ai eu l'impression qu'on assistait à la finale de la coupe du monde. Elle était d'ailleurs sponsorisée par la Française des Jeux sans qu'il y ait eu un appel d'offres vers des sociétés privées. Dans cette histoire, je vais encore passer pour l'uluberlu de service, mais au final, on adopte la plupart de mes idées.
Aux côtés de Jean-Louis Triaud, Jean-Claude Dassier, et Robin Leproux, vous soufflez le vent de la révolte au sein de la Ligue. Qu'en est-il exactement ?
Ce n'est pas une fronde. Nous sommes plutôt une force de proposition et je suis étonné des craintes émises par Francis Decourrière. La Ligue a un fonctionnement éminemment démocratique et je ne vois pas quatre clubs en renverser trente-six. Il y a des gens élus, paix à leur âme, et on n'en a rien à f… de Thiriez. Il nous va très bien comme président de la Ligue, mais il faut qu'il valorise plus les droits télé.
En d'autres termes, vous voulez une plus grande part du gâteau.
On veut élargir l'assiette car la LFP ne s'interroge pas pour savoir comment rejoindre nos adversaires européens. On a une L2 à 100ME alors qu'elle ne rapporte que 16 à 17ME. Cela favorise l'inflation des salaires et il faut savoir que la L1 subventionne la L2 à hauteur de 80 à 90ME. Le Real et Barcelone touchent chaque année 150ME de droits télé, les quatre grands clubs italiens 100ME chacun, et les Anglais plus de 100ME. Et on nous demande d'être compétitif alors que notre troisième place du dernier championnat nous a rapportés 35ME. Ce n'est pas une discussion de riches, mais des choix stratégiques, et plus on valorise les droits télé, plus on les redistribue.
Comment voyez-vous ce quart de finale ?
J'ai vraiment envie d'être en demi. Il faut qu'on passe. Depuis deux ans, Bordeaux est nettement meilleur que nous et je nous voyais à égalité dans ce genre de confrontation. Mais depuis que Laurent Blanc, à qui je rappelle que j'ai voté pour le report de son match contre Auxerre, s'est battu pour faire déplacer notre rencontre face à Grenoble, je me dis qu'il n'est pas si sûr de lui et de ses joueurs..
L'OL pourrait être en demi-finale de la C1 et ne pas jouer la Ligue des champions la saison prochaine. Est-ce concevable ?
Ce serait embêtant.
Quelle serait la perte chiffrée ?
12ME minimum. Le budget serait forcément entamé d'autant que la disparition du DIC nous fera perdre sept à huit millions d'euros. C'est pourquoi nous passerons la saison prochaine de 22 pros à 20 et de 8 jeunes pros à 10. Et puis, je vous rappelle que nous jouons sans sponsor. Ce ne sera plus le cas l'an prochain et on a signé avec Adidas pour là aussi entre 5 et 7 millions annuels. On va donc équilibrer et nous avons également beaucoup provisionné. Mais, je continue à croire que l'on peut réussir quelque chose de très grand et j'ai vu comme un signe du destin à Madrid.
Où en êtes-vous avec Toulalan ?
Je signerai bien un long bail avec lui. On a déjeuné récemment et je lui ai délivré un message de confiance et de responsabilisation. Il est dans la lignée des joueurs talentueux et exemplaires et j'insiste sur ce mot.
>>Un autre joueur aussi a fait l'actualité, Sidney Govou, l'avez-vous revu depuis sa déclaration ?
Je n'ai pas voulu engager la discussion avec lui. L'expression était trop récente. Dans ce genre de choses, il vaut mieux qu'il y ait un peu de recul. Je l'ai dit, ce n'est pas une formule, mais ça m'a fait de la peine. J'ai trouvé ces propos injustes. Il a fait toute sa carrière à Lyon, et mon propos restera basé sur le joueur. J'ai compris que des choses l'avaient peiné, j'ai dit franchement: on va faire en sorte de l'aider. Il a la reconnaissance du club. Je souhaite que la relation avec Sidney soit belle jusqu'à la fin de son bail avec l'OL.
Même si la fin sera triste…
Elle le sera obligatoirement, toutes les fins sont tristes. S'il fait un très beau contrat, je serais heureux pour lui et pour sa famille. Sidney c'est un tout, voilà… Je suis en harmonie par rapport à ce que je souhaitais être par rapport à lui. Si je l'ai blessé, je le regrette, l'objectif c'était de l'aider pas de le blesser.
Vous semblez très ému par cette affaire…
Oui car il y a toujours une relation avec les joueurs qui est beaucoup plus forte que la dimension médiatique que l'on peut percevoir. On a passé des moments de vraie complicité avec les joueurs. L'histoire avec Sidney, elle n'est pas uniquement sportive, elle est affective. Je ne cautionne absolument pas ce qu'il a fait mais en revanche, je l'admire en tant que joueur et je l'aime bien en tant qu'homme. Je lui ai dit que s'il avait envie de revenir à l'OL, il pourrait toujours venir.
>>Quand il a dit que l'on ne se parlait pas assez à l'OL, qu'en pensez-vous ?
Il a probablement raison mais je ne peux pas juger. C'est sa perception.
>>Est-ce que le fonctionnement du club avec Claude Puel manager absolu correspond à celui que vous attendez ?
Pas absolu…
Disons général…
On a remis dans le bon ordre l'organisation par rapport à un modèle anglo-saxon. Il fonctionne plutôt bien dans les clubs anglais, à Barcelone avec Guardiola. Cette organisation est l'avenir. Et je confirme que Claude Puel est quelqu'un de bien. C'est un bon entraîneur et un bon manager. Je préférerais que l'on soit en tête avec quinze points d'avance, mais les cycles dans le foot sont comme ça.
Claude sait ce que j'attends de lui. C'est très dur de changer l'organisation et d'avoir des résultats qui de toute façon n'étaient pas égalables. Claude écoute et s'adapte.
Puel est-il vraiment votre entraîneur le plus rémunéré…
Oui avec Maître Gérard (Houllier)…Disons que Claude a plus d'incentives, notamment sur une victoire finale en Ligue des champions, et a pris plus de risques sur les résultats. C'est un poids lourd mais il le mérite.
>>Claude Puel s'est installé sur la durée…
Oui, il est là pour quatre ans. Le classement de l'OL n'aura pas d'influence.
>>Il est là pour construire, mais un club comme le vôtre a t-il quelque chose à construire ?
Oui. On devait repartir après une fin de cycle. Construire, c'est aussi travailler le recrutement, la formation, et gagner la Ligue des champions.
>>Et vous entendez construire aussi un grand stade…
Oui, les élus favorables au grand stade ont tous eu dans leur ville une position majoritaire lors des élections. On vient de dépenser dix millions d'euros et investir de nouveau vingt millions pour financer les études et la phase professionnelle. On attend avec impatience la date du 28 mai sur l'attribution de l'Euro. Il accélérera la procédure. Et si on n'a pas l'Euro, cela ne remettra rien en cause.
>>Mais n'êtes-vous pas inquiet quand vous voyez qu'il y a moins de monde dans les stades ?
Non, l'affluence des stades est directement liée au niveau fonctionnel des stades en matière de sécurité, d'accès, etc.
À Gerland, à Jean-Jaurès, tout le monde se lève pour voir une action, on n'y voit rien, on est serré comme pas possible, on ne peut pas aller aux toilettes, on ne peut pas manger, ni boire, ce stade est dépassé, et il n'y a pas moyen de le rénover, ce que j'avais pensé au départ. Mais une étude a prouvé le contraire. Gerland est sur quatre hectares, Décines sera sur 70.
>>Mais ce financement du grand stade est-il trouvé?
Le stade n'est pas financé tout simplement parce qu'il n'est pas construit! Le financement va intervenir dans un an, un an et demi. Il n'y a aucune espèce de réserve sur la capacité de l'OL à le financer. L'échéance est au dernier semestre 2013.
Et si le projet devait échouer, seriez-vous lassé?
Oui, enfin bon… Il reste du temps pour l'Euro, et en 2016, grand stade ou pas, je ne serai pas loin de l'âge de la retraite…
Entretien réalisé par Olivier Guichard, Christian Lanier, et Antoine Osanna